14/10/2025
Il faut dire les choses telles quâelles sont : si les tensions entre taxis et VTC explosent aujourdâhui, ce nâest pas par hasard, ni par corporatisme. Câest parce que depuis des annĂ©es, lâĂtat ferme les yeux sur une fraude fiscale massive, sur une maraude illĂ©gale gĂ©nĂ©ralisĂ©e et sur une concurrence dĂ©loyale encouragĂ©e par des plateformes milliardaires.
Selon lâURSSAF, prĂšs de 87 % des VTC dĂ©clarent un chiffre dâaffaires infĂ©rieur Ă ce que les plateformes enregistrent, 27 % ne dĂ©clarent rien du tout.
Ce sont 338 millions dâeuros de revenus qui Ă©chappent Ă lâimpĂŽt, soit plus de 70 millions dâeuros de cotisations Ă©ludĂ©es. Ce nâest pas une rumeur, câest un rapport officiel. Pendant ce temps, les taxis, eux, dĂ©clarent, paient et assument leurs obligations.
Ă cela sâajoute une rĂ©alitĂ© juridique que trop de gens ignorent : la maraude est strictement interdite aux VTC, quâelle soit physique ou Ă©lectronique. Un opĂ©rateur VTC nâa pas le droit de stationner en attente de client. Il nâa pas non plus le droit de se positionner dans une zone de chalandise identifiĂ©e par la plateforme dans le seul but dâintercepter des clients, ce qui constitue une forme de maraude Ă©lectronique interdite. Pourtant, les plateformes comme Uber poussent Ă le faire en toute impunitĂ©. Câest illĂ©gal. Point.
Cette interdiction est clairement dĂ©finie dans lâarticle L.3122-9 du Code des transports :
« Les voitures de transport avec chauffeur ne peuvent ni stationner sur la voie publique en attente de clients, ni ĂȘtre hĂ©lĂ©es sur la voie publique. Elles ne peuvent prendre en charge un client quâĂ la suite dâune rĂ©servation prĂ©alable. »
Le dĂ©cret n° 2017-483 du 6 avril 2017 renforce cette interdiction en lâĂ©tendant Ă la maraude Ă©lectronique, interdisant toute communication au client sur la localisation dâun vĂ©hicule avant rĂ©servation.
Les taxis, eux, ont ce droit car ils détiennent une Autorisation de Stationnement (ADS) délivrée par la collectivité. Et ils paient le prix fort pour cela : fiscalité lourde, taxe de stationnement, contrÎles, obligations de service public. Alors, comment demander à une profession de rester silencieuse face à des concurrents qui occupent illégalement la voie publique, contournent les rÚgles et ne contribuent pas à la solidarité nationale ?
Ce droit est encadrĂ© par lâarticle L.3121-1 du Code des transports :
« LâactivitĂ© de taxi consiste Ă mettre Ă disposition du public un vĂ©hicule automobile comportant, outre le siĂšge du conducteur, huit places assises au maximum, muni dâĂ©quipements spĂ©ciaux et dont le conducteur peut, dans certaines conditions fixĂ©es par lâautoritĂ© compĂ©tente, stationner sur la voie publique en attente de la clientĂšle. »
Ce rĂ©gime sâaccompagne dâobligations rĂ©glementaires strictes (tarifs fixĂ©s par arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral, contrĂŽles rĂ©guliers, respect des services publics locaux), qui justifient lâexclusivitĂ© de ce droit de stationnement.
Alors, avant de juger les taxis, posez-vous une question simple :
Si demain, votre buraliste ferme Ă 20 h, est-ce que cela autorise la vente de ci******es Ă la sauvette dans la rue ?
Si votre boulanger baisse son rideau, est-ce que vous accepteriez quâun type sâinstalle sur le trottoir pour vendre des baguettes sans contrĂŽle sanitaire ni TVA ?
Non. Parce que ce nâest pas lĂ©gal.
Et il y a pire. Les grandes plateformes, en tĂȘte Uber, dĂ©placent leurs bĂ©nĂ©fices Ă lâĂ©tranger grĂące Ă des montages sophistiquĂ©s. RĂ©sultat : des millions de courses gĂ©nĂ©rĂ©es en France⊠mais des impĂŽts dĂ©risoires. Ce modĂšle fiscal siphonne le pays au dĂ©triment de ceux qui, comme les taxis, contribuent rĂ©ellement.
Ce laxisme nourrit une vĂ©ritable Ă©conomie souterraine. Des milliards sâĂ©vaporent pendant que les services publics sâasphyxient, les territoires sâappauvrissent et les acteurs honnĂȘtes sont relĂ©guĂ©s au second plan. Ce nâest plus une simple question de concurrence, câest une question de souverainetĂ© Ă©conomique. Lorsque la puissance publique se tait, dâautres Ă©crivent leurs propres rĂšgles. Et lorsque lâĂtat se retire, câest le pays tout entier qui vacille.
Nous refusons que des voyous en bande organisĂ©e, orchestrĂ©s par les gĂ©ants du numĂ©rique, imposent leurs propres rĂšgles comme des trafiquants de stupĂ©fiants imposent la loi des citĂ©s dans certains quartiers. Ici, ce nâest pas aux plateformes et aux acteurs hors-la-loi de dicter leur loi : ce sont les rĂšgles de droit de la RĂ©publique qui doivent sâappliquer.
Ce qui se joue ici dĂ©passe largement la seule profession de taxi. Câest une bataille pour lâĂ©galitĂ© devant la loi, pour la justice Ă©conomique et pour la dĂ©fense des mĂ©tiers ancrĂ©s dans nos territoires. Lorsquâon abandonne ceux qui respectent les rĂšgles, ce nâest pas une corporation quâon sacrifie : câest un pan entier de la RĂ©publique quâon fragilise. Et câest ainsi, lentement mais sĂ»rement, que la France sâĂ©rode.