17/09/2026
«Merci de m’écouter. Je suis un peu ému. Ça fait plus de quatre ans que j’attends d’être ici.
J’ai 42 ans, je suis né à Bayonne. Je suis issu d’une famille cosmopolite. Mon père est Néo-Zélandais, d’origine irlandaise. Je viens d’une famille multiculturelle.
Dans ma famille, on joue au rugby , J’en parle parce que c’est autour de ce sport que j’ai rencontré Federico Aramburu en 2004. On est tombés dans une amitié sincère. Il avait quatre ans de plus que moi, il était international argentin et j’étais espoir à Biarritz. J’avais l’opportunité de jouer avec eux.
Le soir en question. On arrive sur la terrasse, une vingtaine de tables. On se met en face de la table de Bouvier, Le Priol et Rochemir.
On discute avec les gens à la terrasse, avec eux. Au départ, ça se passe plutôt bien. Tout le monde rigole, c’est léger.
À un moment donné, Le Priol me demande d’où on vient. Je leur dis : « Argentine et Pays basque. » Bouvier montre le sol et dit : « Nous, on vient d’ici », en montrant le sol. Je lui demande : « Comment ça, ici ? Le trottoir ? » On ne comprend pas trop. La soirée continue.
Un gars vient parler avec Monsieur Le Priol et Bouvier. Ils lui répondent mal, de manière autoritaire et condescendante, et ça ne nous plaît pas. Donc j’interviens. Je dis : « Laissez tomber, laissez-le tranquille. » On me rapporte que je l’aurais traité de con. Je n’ai pas ce souvenir, mais si je l’ai dit, je pense que l’ensemble des gens autour devaient le penser.
À ce moment-là, je lui parle. Il se lève, il me met trois petites claques et me dit qu’il faut que je fasse attention car il fait partie des forces spéciales. Très vite, la personne de la sécurité le prend et lui dit d’aller s’asseoir. Je suis assez surpris parce qu’on est dans un mode festif avec Federico.
Je leur demande : « T’as pas une cigarette ? », pour montrer que je veux passer à autre chose. Je paye et, cinq minutes après, je décide de rentrer à l’hôtel.
Je fais le tour et j’attends Federico au coin de la rue. Là, je vois Federico qui a ce geste malheureux de le faire tomber par la capuche, et ça lance cette première scène de bagarre qu’il y a autour du Mabillon.
Federico est sur le reculoir. Bouvier vient à ma hauteur, m’attrape le bras. Je lui donne un coup de poing.
C’est une bagarre assez dure. On prend des coups, on en donne, mais c’est court, ça dure dix secondes. Très rapidement, le personnel du Mabillon nous sépare. On se retrouve rue de Buci et boulevard Saint-Germain. Je prends un dernier coup de poing par un des serveurs. Je ne lui en veux pas, c’était hors de propos.
Avec Federico, on part. On se dit que c’est fini. On se dit qu’on a passé une super soirée et qu’on se retrouve dans cette situation.
On passe devant un hôtel. On se dit qu’on va demander des glaçons. Le monsieur de l’hôtel nous les donne gentiment. On les met dans un chiffon.
On s’en va et, au moment où on sort de l’hôtel, je vois cette voiture, une Jeep militaire, et j’entends : « Ils sont là. » La voiture s’arrête.
Je ne comprends pas que c’est Monsieur Bouvier et Madame Rochemir. Je regarde la voiture, elle est spéciale. Je me dis : « Qu’est-ce qu’ils viennent faire là ? »
On traverse. Je reste de mon côté, tranquille. Federico et Monsieur Bouvier parlent. Je suis à cinq mètres derrière. Monsieur Bouvier lui tire dessus quatre fois.
Je suis ahuri. On apprendra que j’ai fait une dissociation, le cerveau se met en mode protection. Pour moi, les sons, c’étaient des petits pétards mouillés et c’était une a**e factice. Je ne comprends pas qu’il est blessé à ce moment-là. Je n’ai pas conscience que Federico s’est pris deux balles.
Bouvier et Rochemir s’en vont et Monsieur Le Priol arrive. Ils s’agrippent. Federico tombe au sol. Il passe devant moi. J’essaye d’intervenir mais je ne sers à rien. J’ai l’impression qu’ils retombent, mais Monsieur Le Priol lui tire dessus. Il vide le chargeur.
Je vois Federico tomber sur une poubelle et tomber à terre sur la rue. Je me dis qu’il faut qu’il se lève et qu’on rentre à l’hôtel. Je ne comprends pas ce qu'il se passe.
Et là, il me dit : « Shaun, appelle la police, je vais mourir. »
Là, je prends conscience de ce qu’il se passe.
Je le vois qui s’étouffe parce qu’il a du sang dans sa bouche. Je l’ai dans mes bras et je ne sais pas quoi faire. Pour moi, il est parti là.
On le sort, on le met contre le trottoir et je vois des gens qui essayent de le ranimer, mais il est parti.
On me met dans une voiture de police. Une ambulance arrive. On me déshabille pour voir si je n’ai pas été touché.
Là, on me demande qui était la victime. Je le dis. Ils me demandent s’il a une famille. Je dis oui. Et donc la policière me dit : « Vous voulez que j’appelle sa femme ? »
J’essaye d’appeler Maria mais elle ne me répond pas.
Après, moi, je passe entre la voiture de police et l’hôtel, et ensuite je pars avec la police pour la première audition."
Procès Le Priol : la déclaration à la barre de Shaun Hegarty, ami proche de Federico Martín Aramburú, présent le soir du drame