25/08/2026
La maison aux chats
On l'appelait la maison aux chats.
Pas officiellement.
Elle n'avait probablement jamais porté ce nom.
Mais il y avait toujours des chats.
Des grands, des petits, des maigres, des presque ronds. Des chatons apparaissaient régulièrement. Certains restaient. D'autres disparaissaient pendant quelques jours avant de revenir.
Ils entraient, ressortaient, mangeaient lorsqu'il y avait quelque chose à manger.
Personne ne leur demandait où ils habitaient.
Derrière la maison passait un chemin.
D'un côté, il y avait les autres maisons.
De l'autre, rien.
Enfin, rien était le mot employé quand il fallait bien donner un nom à ce qui commençait là.
Il y avait des herbes, des champs, des terrains sans organisation visible et des chemins qui continuaient sans indiquer où ils allaient.
Certains jours, une brume sale descendait sur les terrains. Elle sentait légèrement le charbon. Personne n'appelait encore cela étrange.
Les chats connaissaient mieux les chemins que les humains.
Plus loin se dressaient les pylônes.
On les voyait de loin, immenses, avec leurs bras tendus et leurs câbles qui traversaient le ciel.
En dessous, ils faisaient du bruit.
C'était l'électricité.
Le savoir ne changeait rien au bruit.
Un peu plus loin, il y avait le cimetière.
De l'autre côté du mur, certaines choses étaient laissées à l'écart.
Des planches.
Du bois cassé.
Des morceaux de cercueils provenant des concessions que l'on avait ouvertes.
Les morts avaient été déplacés.
Le bois, lui, pouvait attendre.
Il restait quelque temps derrière le mur, sous la pluie et le soleil, jusqu'à ce que quelqu'un décide de l'enlever.
Cela ne semblait inquiéter personne.
Dans les champs aussi, des choses apparaissaient.
Un jour, il y eut une voiture.
Elle était simplement là, entre deux mouvements du terrain.
Elle n'avait rien à faire à cet endroit.
Quelques jours plus t**d, il lui manquait des pièces.
Plus t**d encore, elle avait brûlé.
La carcasse resta quelque temps dans le paysage.
Puis elle disparut.
Il n'y eut aucune explication.
Il n'en fallait probablement pas.
En hiver, la neige recouvrait les terrains et effaçait les chemins.
Une pente devenait une piste pour les luges en bois.
On descendait vite.
On remontait lentement.
Puis on redescendait.
Les pylônes continuaient de bourdonner au-dessus de la neige.
Les chats continuaient de traverser le chemin.
Ils passaient près des champs, des terrains vides et du mur du cimetière.
Ils disparaissaient parfois pendant des heures.
Le soir, ils revenaient à la maison.
Pas tous.
Certains arrivaient beaucoup plus t**d.
Ils attendaient devant la porte.
On leur ouvrait.
Ils entraient sans hésiter, trouvaient un endroit chaud et se couchaient.
Personne ne leur demandait où ils étaient allés.
Personne ne leur demandait ce qu'ils avaient vu.
Les chats connaissaient mieux les chemins que les humains.
Et certaines nuits, sous les câbles à haute tension, il valait peut-être mieux qu'il en soit ainsi.
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© 2026 Laurent Krauland. Tous droits réservés.
In : Les contes du tengu